Une journée de safari

J'ai 58 ans, eh oui je fais partie du "Baby boom" ! Mes parents ne pouvaient pas voyager, car l'argent ne dormait pas dans les lessiveuses comme on dit en Auvergne. Cependant, depuis mon plus jeune âge, j'étais attiré par l'image et la découverte de sensations fortes. Alors, comme beaucoup d'enfants de mon époque, je rêvais en lisant les aventures de Tintin dans les diverses régions du monde, voire sur la lune. Lorsque je le pouvais... je ne ratais pas les films de Tarzan.

Arrivé à l'age adulte et ayant un job convenable, j'ai épousé Danielle. Nous avons deux grandes filles et, lorsque les remboursements d'emprunts furent terminés, nous avons commencé à voyager. C'était il y a 15 ans ! Et l'image ? allez-vous me dire. Bien-sûr, j'ai commencé à impressionner la pellicule il y a 34 ans. Oh, à l'époque, ce n'était pas du matériel très sophistiqué; mais depuis, ma panoplie s'est considérablement agrandie. Grâce à elle, j'ai pu ramener des clichés de nombreux pays en commençant par ceux de notre Europe, puis de l'Ouest américain que j'ai parcouru de la frontière du Canada à la frontière du Mexique, puis de l'Inde, du Népal, de la Birmanie et bien évidemment de l'Afrique, dont je suis un 'fêlé'.

Dans ce reportage, je ne vous parlerai que du continent africain qui me fait toujours rêver. Et ce qui me fascine le plus, ce sont les safaris: En Namibie parmi le plus beau désert du monde, mais surtout au Kenya (2 safaris) et en Tanzanie (6 safaris). Tel est le sujet de ce reportage.


Comment je pars en safari ?

Lorsque l'on me pose une telle question, je réponds par une question (politique ? non !) : Comment concevez-vous un safari ? Si vous préférez le confort des lodges kenyans à la poussière d'un camp de brousse, si vous préférez la grasse matinée au départ très matinal, si vous préférez un mini bus confortable avec boissons fraîches au 4 x 4 découvert dont la réserve d'eau potable pourrait vous servir de vin chaud, alors vous aurez un choix énorme de tours opérators.

Ceci dit, mon épouse craignant la forte chaleur, nous sommes partis une fois avec FRAM et nous avons choisi le voyage "Féerie d'Afrique". Elle voulait découvrir une partie de mes rêves. En toute honnêteté: Danielle qui n'est pas une fana du boîtier n'a pas été déçue. Mais, pour moi, ce n'était pas ma tasse de thé: Je préfère être plus prêt des animaux, au coeur même des sensations, en brousse quoi !

Le matériel que j'emporte ?

Ah, le matos ! Ceci est le point sensible du photographe.

Je rappelle que je suis photographe amateur, parce que je ne gagne pas ma vie en vendant mes photographies. C'est une précision que je voulais faire avant tout.

Je pars avec un minimum de 80 à 100 pellicules pour 9 jours de safari. Ce sont exclusivement des diapositives Velvia et Provia 100F. J'ai deux boîtiers argentiques (ou traditionnels): Le F90x et le F70 de Nikon. Pourquoi deux boîtiers ? Tout d'abord cela me permet de mettre deux objectifs à différentes focales et surtout pour compenser la panne éventuelle (qui serait catastrophique si on n'en avait qu'un seul) d'un boîtier.

Mes objectifs: le 28/70mm F:4,5 - le 80/200mm F:2,8 - le 500mm F:4,0 + téléconvertisseur de 1,4 le tout de Nikon. Je travaille également avec le boîtier numérique D200 de Nikon, 2 cartes "Compact Flash III" de 1Go et 2 Go. J'emporte aussi 3 batteries plus un ordinateur portable, pour décharger mes cartes, le soir, lorsqu'elles sont pleines. Pour recharger les batteries: Pas de problème avec l'adaptateur d'allume cigare sur le 4 x 4. Ceci dit, je suis un maniaque de la propreté et tous les soirs (parfois à la lumière de la frontale) je dépoussière boîtiers et objectifs en faisant très attention pour le boîtier numérique.

Lors de mon safari dans le Serengeti, en février 2004, j'ai passé environ 2000 diapositives et 1200 numériques. Bien évidemment, le taux de bonnes photos n'est pas de 100% et se rapproche des 70%. Quant au taux de photos extras, que je destine aux concours internationaux, lorsqu'il est entre 2 et 3 %, je suis heureux !

Certains lecteurs vont se dire: "Mais quel gâchis !". Alors je pourrais leur répondre que je ne connais aucun photographe "pro" de renom et j'en ai côtoyé en safari qui, sur une rafale lors d'un départ de chasse par exemple, ne lance pas des "eh merde...". Croyez-vous qu'ils pensent avoir réussi leur coup ?

Allez, partez avec moi dans cette journée de safari. Vous ne le regretterez pas !

Nous sommes dans le Serengeti, dans la brousse qui avoisine Moru Kopjes. Il est 5h 15, je suis réveillé et j'attends dans mon lit de camp. La nuit a été calme et bienfaitrice. Seules les hyènes sont venues fouiner près de la tente cuisine, vers 2h 00. Ça y est le bruit des casseroles nous indique que le cuistot fait chauffer l'eau pour le café. Je sors de la tente et regarde le ciel: Chouette, les étoiles scintillent toujours et une lueur encore pâle nous indique que la journée va être chaude. Les copains arrivent dans la pénombre, lampe frontale encore allumée.

"Bien dormi ?" Ouhai répond Yvain en bâillant"...à part ces putains de singes qui sont venus foutre le bordel au-dessus de ma tente pendant 1/2 heure".

Nous sommes cinq dans le groupe et les autres copains avalent leur café en criant, parce qu'ils se sont brûlés la langue. Il est vrai, que nous les bousculons; car Ali (notre guide pisteur) amène déjà le 4 x 4. A 5h 45, nous partons du camp. Il n'est pas question de rater les premiers rayons du soleil en savane.

Pendant que notre chauffeur fait du slalom entre les épineux pour retrouver la piste, les copains sont calmes et chacun commence à préparer son matos. Nous roulerons pendant une bonne heure avant d'entendre Ali prononcé : "Faru, Faru, là-bas !". Il ne nous faut que quelques dixièmes de seconde pour sortir de notre quiétude : Un rhino on n'en voit pas tous les jours !

Arrivés tout doucement à environ 100m du rhino, Ali arrête le moteur. Les sacs de haricots rouges sont déjà en place et les télés de 500mm voire plus, sont bien calés."Personne ne bouge" crie une voix et c'est parti: clic, clic, clic... Pas le temps d'en faire plus. Ali redémarre après quelques secondes, car Faru commence à charger et un rhino, vaut mieux pas l'affronter. Je crois que j'ai eu le temps de faire 2 ou 3 rafales. Quant au cadrage: Pour la dernière, Ali redémarrait...

Nous reprenons la piste, je suis debout la tête sortie pour respirer l'odeur enivrante de la savane. Mes boîtiers sont posés sur mon siège, enroulés dans une vieille taie d'oreiller pour les protéger de la poussière (c'est un vieux truc de baroudeur).

Quelques Km plus loin, en se rapprochant de Seronera, j'aperçois à la jumelle un troupeau de buffles. "Ali, prends la piste de gauche !". Ils sont là, paisibles, broutant l'herbe verte qu'offre les bords de la rivière Mbalageti. Personne ne s'affole, car nous savons tous que les buffles en troupeau ne sont pas très dangereux. Il n'en est pas de même d'un vieux mâle solitaire ! Pour ma part, je choisis le cadrage idéal et si possible avec un garde-boeuf sur l'échine. Il est 8h 30, nous avons le temps.

J'observe ces animaux puissants, qui un jour ont chargé un de mes amis: Il était à pied et ne s'est pas méfié. En revenant sur ses pas, un vieux mâle est sorti d'un buisson et l'a chargé par derrière. Il a eu juste le temps de s'allonger, mais la bête lui a éclaté la rate. Transporté d'urgence à l'hôpital de Nairobi par avion, il doit la vie à son épouse, du même groupe sanguin, qui lui a donné son sang. Sans elle, il serait décédé par hémorragie interne. Depuis, Michel et Francoise sont revenus en safari. Comme moi, ce sont des "fêlés" de la nature.

"OK disent les copains". On repart, direction Masai Kopjes.

Eh, eh, le soleil commence à chauffer et, comme des oignons, nous enlevons nos pelures. Pour ma part, je garde toujours les bras couverts et une casquette saharienne me protège la nuque.

En chemin nous rencontrons quelques éléphants. Arrêt obligé, car ils traversent la piste que nous empruntons. Des photos d'éléphants, j'en ai déjà des centaines; mais le plaisir de déclencher pour un éléphanteau qui tête sa mère est immense.

Masai Kopjes est maintenant en vue, mais quel est cet attroupement ? Les touristes de Seronera se sont agglutinés près d'un rocher. A vue, nous nous dirigeons vers ce pôle d'attraction et je porte aux yeux mes jumelles. "Arrête-toi 30 secondes Ali STP". Un gros arbre a poussé on ne sait comment sur les rochers, mais je ne vois rien. Puis, en scrutant juste sous le bas des branches, j'aperçois un signe bien particulier qui ne trompe pas l'oeil d'un habitué. Non, ce n'est pas une liane, mais bel et bien une queue de léopard: Cette liane bouge de temps en temps.

Voilà donc l'explication de cette fourmilière de "tou-tou". Que fait-on ? demande François. On y va ? Boff, avec tout ce monde, vaut mieux aller ailleurs, dis-je. Aussitôt, je me fais incendier par les copains: Quoi ? Un léo et tu voudrais aller ailleurs ?

Bref, je me vois dans l'obligation de me soumettre. Le léopard est resté 3 heures dans l'arbre.

Nous avons pique-niqué dans la voiture (des tarés les copains!). Ils ont fait quelques photos, moi: Pas bon la lumière, mais j'en ai profité pour l'observer à la jumelle:

C'est un animal superbe !

Il est 14h 00, François qui était bras nus, commence à cuire et rebaisse ses manches. Trop tard, le mal est fait et ce soir dans la tente je vais l'entendre pester et je lui passerai de la Biafine; car c'est un "bleu", il a oublié d'en mettre dans ses bagages.

Nous traversons maintenant les grandes plaines du Serengeti, en direction de Gol Kopjes. Il fait très chaud. En séchant, la transpiration crée des auréoles blanches sur les chemises, tandis que nos visages ressemblent à celles des GIs au combat.

Surtout ne pas se frotter les yeux !

C'est ainsi que dans le Masai Mara, j'ai eu une conjonctivite phénoménale: Le matin, je me réveillais avant les copains, pour me décoller une à une les paupières avec ma bouteille d'eau minérale et du coton, puis je me mettais du collyre.

Les immenses troupeaux de gnous défilent à perte de vue. Il est vrai que nous sommes début mars et que la migration est arrivée dans le sud du Serengeti. Les femelles mettent bas, comme d'ailleurs beaucoup de mammifères à cette époque.

Avec les gnous, leurs inséparables compagnons: les zèbres.

Et puis les antilopes: Thompson, Grant. Oh la, deux zèbres mâles se battent: clic, clic, clic... Ouaih, ça c'était OK !

Et voilà, il est 16h 30: Trop tard pour aller à Gol Kopjes ! Je peste, car Gol Kopjes est mon lieu préféré du Serengeti.

C'est à Gol Kopjes que se trouve la plus grande concentration de guépards et ici, nous disposons du permis hors piste. Il y a 2 ans, j'ai pu photographier trois chasses de suite. La chance de ma vie ! Bref, ce sera peut-être pour demain ?!?!

En attendant, nous prenons la direction du "camp site" en passant par Simba Kopjes. Il nous faudra bien une bonne heure et à 18h 30 ce sera râpé pour la photo ! Dans le 4 x 4, chacun a retrouvé sa place et dépoussière son matériel en faisant attention à ne pas retirer un objectif en passant dans un nid de poule. C'est comme cela que l'on casse les baïonnettes !

Le soleil commence à baisser sérieusement. Je retrousse les manches; car maintenant on ne risque plus rien. Ali a rejoint la piste principale et la tôle ondulée fait vibrer tout le 4 x 4, laissant derrière nous un long panache de poussière. Passant près de Simba Kopjes, le regard d'Ali se porte sur les rochers. Il arrête le 4 x 4 et prend ses jumelles.

Montrant du doigt le bas d'un rocher, il nous signale des lions et... hop nous quittons la piste. Tout doucement, nous arrivons près de ce qui sera la cerise sur le gâteau: Une lionne est là avec ses lionceaux qui n'ont pas plus de 3 semaines et comme la fraîcheur arrive, elle les sort de leur cachette: FORMIDABLE !!!

Cet instant restera gravé dans ma mémoire !

Mais tout a une fin et il faut partir. En arrivant au camp, il fait pratiquement nuit. Vite, nous installons notre matériel sur nos lits de camp, refermons la tente et partons, la frontale éclairée, vers la tente sanitaire. Mais, pas question de traîner: Nous devons partager l'eau et lorsqu'on est mouillé, les moustiques et mouches Tsé-Tsé en profitent pour se régaler.

Il est 19h 00, certains ne se sont pas lavés, car les tentes sanitaires se trouvent derrière le camp disposé en cercle. Derrière, c'est la brousse et à cette heure-là il faut être prudent: Vous aurez beau montrer aux lions et aux hyènes votre carte vitale, pour eux vous ne serez toujours qu'un super beefsteak !

Ensuite, il est l'heure du briefing autour du feu de camp. Il fait nuit noire, le ciel est étoilé et l'on peut apercevoir la Croix du Sud.

Ces minutes qui passent entrent dans ma tête et s'incrustent jusqu'à les retrouver pendant plusieurs semaines après le retour. Personnellement, je suis un solitaire et j'aime ce silence et ces bruits nocturnes d'Afrique.

Et... il fait bon; à quelques jets de pierres on entend déjà des hyènes qui sentent le barbecue et les os qu'elles pourront voler le soir dans les poubelles.

On discute entre passionnés: "T'as vu les deux hyènes qui se battaient ?" et toi "As-tu vu le mâle dominant au milieu de l'hypopool ?", "Oh, ce matin c'était moins une, lors de la charge du rhino...", etc..., etc...

Et, après manger sous la tente à moustiquaire (oui, il ne faut pas estomper cela: Les moustiques et les mouches Tsé-Tsé, il y en a dans le Serengeti; et la Tsé-Tsé elle fait très mal lorsqu'elle pique. Ben oui, aller en Afrique ce n'est pas gratuit en tout; mais c'est tellement grisant !!!), nous regagnons nos tentes, fermons bien toutes les ouvertures y compris nos propres moustiquaires qui étaient ouvertes pendant la journée.

Pourquoi ? Parce que les fauves qui pourraient passer à côté de votre tente lorsque vous dormez, vous verraient parfaitement bien à travers la trame du grillage et ce serait l'accident (cela s'est déjà produit).

Donc, on camoufle tout et l'on pend ses chaussures: Un scorpion dans une chaussure le matin en se levant dans le noir peut vous gâcher votre safari... Et puis on essaie de tenir le coup et de ne pas s'endormir tout de suite (malgré la fatigue de la journée) pour écouter les bruits nocturnes de la savane.

Pour celui qui écoute cela une première fois, c'est un vrai baptême de l'Afrique ! Mais ce qui me fait le plus d'effet, c'est le rugissement d'un lion qui marque son territoire. Cela s'est produit une fois à moins de 100 m de la tente. Comme j'étais heureux, mais... les poils des bras se sont hérissés !!!!! IMPRESSIONNANT.

Cette journée aura été exceptionnelle: C'était celle du "Big Five" et des journées comme celle-ci, il n'y en a pas tous les jours.

 

Merci de m'avoir suivi dans mon récit.

 

Roger JOURDAIN

à Ambert, le 27 janvier 2007.

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